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Elsa la vanlifeuse

depuis combien de temps as-tu ton van ?

J’ai mon van, « Gustave », depuis le 28 février 2020. Ma première sortie, seule, est arrivée le week-end suivant : j’ai grimpé un chemin très rocailleux jusqu’à une très belle chapelle du Sud-Est de la France, dans le Var, à… 15km de chez moi ! En van, pas besoin de partir loin quand on a gardé ses yeux d’enfant. Une vue magnifique mais sans conteste la route la plus difficile des 38 000km que j’ai parcouru depuis.

comment est née l’envie d’en acheter un ?

Il y a beaucoup de choses qui ont nourri mon envie de van jusqu’à m’amener à en acheter un. Au plus loin, je me souviens de mes années lycées où mon beau-père, Louis, avait acheté un Renault Trafic tout neuf (peut-être pas neuf mais je le trouvais magnifique !) pour son entreprise de BTP. Tous les matins, on montait dans son camion et il me déposait au lycée. Pour des week-ends et des vacances, avec ma mère, ils mettaient leur matelas à l’arrière et partaient randonner en Aragon (Espagne). J’étais jeune, je débordais d’énergie, je rêvais de ne pas être comme tout le monde et de changer d’horizon. Récupérer son camion pour partir en road-trip était devenu une obsession. On avait fait un pacte : avoir mon bac et mon permis d’abord ! J’ai eu mon bac et mon permis, mais pour plein de raisons je ne suis jamais partie avec le Trafic de Louis.

Ensuite, avide de paysages lointains, j’ai beaucoup voyagé mais en avion. Pendant ce temps j’ai baigné dans la culture vanlife de mes proches. Mon frère a voyagé 9 mois en Australie en van, ainsi que d’autres personnes de mon entourage. Mes amis, Elsa et Bertrand, ont voyagé en Australie comme ça et sur les routes d’Europe (il y a un livre à ce sujet).

J’ai commencé doucement et plus petit : en 2016 j’ai acheté un Kangoo dans lequel, comme dans mes souvenirs d’enfance, je mettais un matelas à l’arrière pour voyager : festivals, Bretagne, Camargue, Pyrénées, Gorges du Verdon, Cinq Terres… Sans vraiment partir en très long road-trip, petit à petit, seule ou avec des amis, je me suis habituée au confort d’avoir une petite maison sur roues. En parallèle j’ai continué à voyager en avion : Pérou, Açores, New York, Maroc (en road-trip), Oman, Maurice, Irlande (road trip), … Après l’excitation du voyage lointain est arrivée la fatigue de prendre l’avion. Des heures de vols et de transports, parfois des jours, arriver dans un pays, changement d’heure, de climat et surtout aller vite. Vite visiter, vite prendre un bus ou un train, vite changer de lieu pour voir tout ce qu’on a prévu de voir. Et attendre. Attendre l’avion, le bus, la chambre d’hôtel, la douche. En y réfléchissant, j’ai réalisé que mes plus beaux souvenirs de voyages étaient les paysages qui défilaient sur la route, les rencontres faites sur le chemin, la nourriture, les moments partagés avec mes proches, le temps loin du stress. Et pour tout ça, pas besoin de prendre un avion. Il suffit de passer derrière le volant ! Et pas besoin de se presser, les beaux souvenirs sont des instants suspendus, des arrêts. C’est là que j’ai décidé d’acheter un van. Pour faire de chaque week-end et de chaque vacance des voyages sans pression, sans précipitation et en autonomie. Dépendant uniquement de mes envies.

un van aménagé hanroad gris avec toit relevable ouvert au milieu de la forêt

Comment t’es venue l’envie de partir pendant plusieurs mois ?

Je crois que c’est l’instant où j’ai conduit pour la première fois mon van Hanroad ! C’est là que l’envie d’un long voyage est montée en moi. Comme je l’ai expliqué, j’avais cette idée dans un coin de ma tête depuis 15 ans. Mais là j’avais entre les mains l’outil parfait pour concrétiser ce rêve et j’allais le laisser dormir sur un parking la semaine ? et l’utiliser de temps en temps ? quand j’aurais la motivation ? quand quelqu’un pourra partir avec moi ? quand la météo sera favorable ? quand ? Je travaillais à temps plein, Cheffe d’équipe, Directrice d’une structure culturelle, alors on ne peut pas dire que je m’ennuyais. C’était devenu une blague, un gimmick, au travail et dans ma vie personnelle « si vous continuez à m’embêter je vais tout plaquer et partir en van ». Sauf qu’à force de le dire je pense que j’ai fini par y croire, par l’intégrer comme une décision possible et non une simple blague. Et puis j’ai acheté le van, j’ai roulé avec, j’ai passé un confinement entier à le regarder, par la fenêtre, garé au pied de ma résidence. Alors j’ai décidé de demander une disponibilité à mon employeur et partir pour 2 ans minimum.

quel a été ton périple ?

France-Espagne-Portugual-Italie-Suisse-Slovénie-Croatie-Monténégro-Serbie-Bulgarie. J’ai commencé en octobre 2020 par voyager du Var, où j’habitais, à Bordeaux, la maison familiale avec le van rempli jusqu’au plafond du reste des mes affaires que je n’avais pas données ou vendues ! Ensuite j’ai attendu les fêtes de fin d’années en France en passant du temps avec/chez mes amis et ma famille. Les choses sérieuses ont commencé le 4 janvier 2021. Je suis partie en Espagne pour longer la côté Nord jusqu’en Galice et glisser au Portugal avec l’objectif d’arriver (lentement) en Algarve. Quand le temps s’est gâté nous sommes retournées en Espagne pour profiter de la douceur Andalouse. Ensuite je suis partie me perdre en Toscane (Italie), mais pas celle des oliviers et des vignes, celle des hautes montagnes. Je suis retournée en France par la Savoie pour mieux repartir. J’ai commencé par la Suisse, un pays magnifique qui me manque encore aujourd’hui. En finissant par le Ticino (la Suisse italienne) je suis retournée en Italie pour parcourir le Nord du pays jusqu’aux Dolomites. De là, je n’étais plus qu’à quelques routes montagneuses de la Slovénie, pays que j’ai parcouru quelques semaines avant de retrouver une amie en Croatie pour un road-trip « à l’ancienne » (un lieu par jour). J’ai repris mon rythme de croisière en descendant plus au sud pour découvrir le Monténégro. Fin juillet, afin de retrouver une autre amie en Bulgarie, j’ai traversé (lentement toujours) le sud de la Serbie, pays qui m’a particulièrement touché. Après un mois en Bulgarie, en partant de Varna à l’extrême Est du pays, j’ai fait un road-trip de 10 jours pour retourner en France. Histoire de recharger mes batteries (auprès des amis et de la famille, celles du van étant autonomes !) pour mieux reprendre la route à l’automne.

vue depuis un van aménagé au bord d'un lac avec une table et chaise en extérieur
vue sur la mer depuis la fenêtre d'un van aménagé hanroad
du linge étendu entre deux arbres devant un van aménagé garé

comment as-tu conjugué travail et vanlife ?

Tout simplement en ne travaillant pas ! Je suis en disponibilité de mon grade d’attachée territoriale. Ça veut dire que, quelque part dans le sud-est de la France, un travail m’attend mais que je ne travaille pas. La vie sabbatique ! Pas de travail, pas de chômage, pas d’obligations. Juste mes économies et mes envies. Les volontariats que je fais ponctuellement me permettent d’être nourrie gratuitement et donc par moment de voyager sans dépenser.

J’aime être à 100% libre et voyager. Si je devais travailler 8h par jour, ou même moins, mon expérience aurait été très différente. Dans ce voyage, ce que je voulais c’était du temps. Je me le suis offert. Mais on ne va pas se mentir, cette situation ne peux pas durer éternellement. Alors, sur mes petites routes de montagne, je rêve de ma vie d’après. Celle où je pourrais travailler en vanlife, ou travailler moins pour avoir plus le temps de partir en van, ou habiter dans un endroit magique qui me donne envie d’être sédentaire. Je n’ai pas trouvé la solution, mais je sais que c’est sur les routes que je vais la trouver !

quels ont été tes coups de coeur ?

Tout est magnifique, il n’y a pas un jour où je n’étais pas frappée par le bonheur d’être là où j’étais. Mon plus gros coup de cœur c’est la Slovénie. Je suis tombée amoureuse du pays instantanément et ce sentiment ne s’est jamais émoussé au fil de mes semaines de voyage, même sous la pluie ! La Serbie m’a touché d’une manière particulière. Déjà parce qu’il y a de splendides paysages alors que je ne m’attendais à rien. Ce n’est pas vraiment la destination en vogue des blogs de voyages. Mais surtout parce que j’y ai fait des rencontres tellement chaleureuses qu’on ne me croit presque pas quand je les raconte. Que je suis retournée en Serbie après la Bulgarie, j’ai eu le même sentiment au Nord. J’aurais presque pu m’installer à Belgrade ! Le Monténégro est spectaculaire, c’est sans conteste les routes les plus belles que j’ai parcourues, mais je n’ai pas trop aimé la côte et son tourisme qui ne me ressemble pas.

vanlifer faisant face à un lac avec en arrière plan son van aménagé hanroad

Qu’as-tu le plus apprécié dans le fait de voyager en van ?

L’autonomie. Sans aucun doute. J’ai maintenant même du mal à me séparer du van quelques jours. Savoir que j’ai ma maison toujours avec moi. Pas de réservation, pas de planification, pas d’obligation. Ne jamais devoir partir, ne jamais devoir rester. Le van c’est la sécurité tout en ayant la garantie de pouvoir vivre au jour le jour, de se décider au dernier moment. Je me plais ici ? je reste plus longtemps. Je ne me sens pas à l’aise ? Je reprends la route. On se sent libre, en sécurité, en contrôle. Ça n’arrive pas si souvent dans la vie. J’aime le voyage en van car il peut être instinctif, naturel. On ne dépend de rien d’autre que de soi-même. Alors parfois, oui, c’est un peu fatiguant et ça peut être étourdissant de possibilités. Mais à la fin de la journée on a toujours accompli quelque chose et on se remercie soi-même, et ça non plus ça n’arrive pas si souvent dans la vie !

Quel est ton plus beau souvenir et ta pire galère ?

Mon plus beau souvenir c’est une journée en Serbie. J’ai dormi dans un parc naturel du sud du pays, dans les montagnes. Au réveil, des locaux étaient venus s’installer sur des petites aires de pique-nique proches. Des hommes commençaient à installer de quoi rôtir un agneau à la broche. Avant de partir randonner un peu je suis allée à leur rencontre pour prendre des photos. Mais ils ne parlaient pas anglais, donc l’échange s’est arrêté à quelques photos. A mon retour au van, il y avait beaucoup plus de monde et un des hommes qui parlait anglais et m’a invité à boire une bière. Une bière, puis deux, et me voilà invité à table. J’ai partagé des heures de repas avec une compagnie de collègues travaillant dans les mines. Un seul parlait anglais, pour les autres on se débrouillait avec des signes et des sons ! Plus loin dans le parc, une autre tablée festoyait, en fin d’après-midi un groupe folklorique a débarqué pour animer leur repas. Alors je me suis approchée et 5 minutes après j’étais assise à leur table, assiette et verre remplis, discutant avec les gestionnaires des forêts du sud de la Serbie. A la nuit tombante, on est tous partis en bar. J’ai noué de jolies amitiés avec des personnes de tous les âges, pour la plupart ne parlant pas anglais et avec lesquelles j’échange encore sur Facebook par émojis !

Je n’ai pas eu de très grosses galères. Heureusement, c’est pour ça que j’ai choisi un van équipé par des professionnels ! Mes plus grosses galères ce sont les passages de frontières hors Union Européenne. Des heures en plein soleil, parfois dans la poussière. Certains douaniers sont amusés de me voir passer seule avec mon camion, mais j’ai aussi fait l’expérience d’autres très soupçonneux. Fouille du camion et petit interrogatoire. Rien de très grave, mais 3h de passage de frontière il faut l’anticiper pour ne pas se pourrir la journée.

van aménagé hanroad vue d'en haut au bord d'une rivière
vanlifeuse se reposant dans son van au bord d'une rivière
une femme rinçant la vaisselle grâce à une douchette intégrée à son van aménagé hanroad

quels conseils donnerais-tu aux personnes souhaitant partir sur une longue durée en van ?

Mon meilleur conseil serait de ne pas écouter les conseils ! Bien sûr plein de personnes peuvent donner des astuces, parler des heures de leur voyage. Mais chaque voyage est différent. Il faut se faire confiance, s’écouter et se lancer ! Il sera toujours temps d’envoyer un petit message au pote qui est passé par là quand on y sera. Et surtout pas de pression. Les réseaux sociaux sont remplis de gens qui voyagent partout. Tout est beau, dans le voyage on trouve ce que veut y voir. Visiter une région, un seul pays, ou 27 ? Peut-importe. Le mieux c’est de se demander ce qui nous plait à nous. J’aime faire quoi de mes journées ? J’aime la mer ? La Montagne ? Et se laisser surprendre par soi-même. Être toujours à l’écoute de ses sentiments, de ses envies et laisser son voyage évoluer par lui-même. Alors, pour aller contre mon premier conseil, si je devais donner un conseil c’est de ne pas trop prévoir. Voire de ne rien prévoir. Si vous avez la possibilité de faire un voyage long en van, offrez-vous le cadeau du voyage instinctif. On ne perd pas ou on ne gagne pas le temps dans la vie, mais on le prend. Et si vous prévoyez, gardez en tête que le matin suivant vous pouvez changer d’avis, et ce n’est pas grave

Des nouveaux projets en tête ?

Oui, beaucoup trop. D’ici une semaine je vais reprendre la route de l’Italie pour prendre un ferry qui va me déposer en Albanie. Je souhaite continuer à explorer le Sud des Balkans. Cette partie de l’Europe m’a beaucoup plu, j’ai besoin d’y retourner. Le plan, qui va certainement évoluer, est de voyager en Albanie, en Grèce, en Macédoine et en Turquie d’ici au printemps.

Après ça j’ai le rêve de découvrir les parties nord de l’Europe que je ne connais pas encore avec le pays baltes et les pays scandinaves. Alors peut-être pour le printemps et l’été ?

Je rêve aussi de parcourir les routes de l’Amérique du Nord. Ça demande un peu plus de préparation et de budget, mais je garde cette idée dans un coin de ma tête pour voir si elle germe. Un ami est prêt à prendre un congé d’un an pour vivre cette aventure ensemble. Alors pourquoi pas ?

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